Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a « décidé de ne pas demander la convocation de la commission mixte paritaire » qui devait reprendre le texte sur le travail le 1er-Mai pour l’adopter à la suite du rejet tactique dans l’Hémicycle vendredi, a annoncé le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou. « Le gouvernement est conscient de la sensibilité particulière de ce sujet », a-t-il ajouté, lundi 13 avril, à l’issue d’une réunion avec les organisations syndicales représentatives des travailleurs.
« J’ai entendu les inquiétudes des organisations syndicales et je veux être clair, le 1er-Mai n’est pas une journée comme les autres. C’est la journée des travailleurs et des travailleuses, c’est le seul jour férié, chômé et payé. Ce principe général doit continuer à prévaloir même si certaines dérogations sont possibles », a-t-il estimé, en affichant l’objectif de trouver une réponse « avant le 1er mai 2027 à l’insécurité juridique actuelle ».
Peu après cette décision, le premier ministre a annoncé que le gouvernement présenterait des propositions « de court et moyen terme » pour les commerçants de proximité souhaitant employer du personnel le 1er-Mai, et que les représentants des professions concernées seront reçus « à Matignon dès cette semaine ».
« Le gouvernement souhaite un dialogue social approfondi avec les partenaires sociaux sur le périmètre des activités et commerces concernés par un travail le 1er-Mai. Seul un dialogue de branche le permettra », a écrit M. Lecornu sur le réseau social X. « Il est également urgent dans cette démarche de se recentrer et de prioriser les commerces indépendants de la boulangerie et des fleuristes. C’était notre priorité : force est de constater qu’elle s’est diluée, créant des inquiétudes qui ont fragilisé la proposition de loi », a-t-il précisé.
« Les réformes sont possibles : dans le respect, et avec une méthode », a encore ajouté le chef du gouvernement, face aux critiques en immobilisme émises au sein du bloc central et à droite.
« Un texte pour la liberté »
L’ex-premier ministre Gabriel Attal et le chef de file des Républicains, Bruno Retailleau, ont « déploré » la décision de l’exécutif de ne pas faire avancer un texte de loi sur le travail le 1er-Mai.
« Il faudra revenir sur les causes profondes de l’absurdité politique et technocratique de cette situation, et sur ce que ce débat dit des blocages qui entravent notre pays », a écrit, sur X, Gabriel Attal, qui avait porté ce texte visant à permettre à certains commerces de proximité d’employer du personnel le 1er-Mai. « Ce texte n’était un texte contre personne, mais un texte pour la liberté, pour le travail, pour le pouvoir d’achat, pour nos artisans », a-t-il ajouté.
« Une fois de plus, face aux pressions syndicales et de la gauche, l’exécutif recule. La France a besoin de courage politique, pas de capitulations à répétition », a estimé, de son côté, Bruno Retailleau, également sur X.
Le ministre du travail et les représentants des cinq organisations syndicales représentatives des travailleurs (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) s’étaient réunis pendant plus d’une heure pour définir « un périmètre très précis des commerces concernés par une ouverture au travail le 1er-Mai ».
« Une journée exceptionnelle »
« Il y a vraiment un seul secteur qui est demandeur [la boulangerie], on n’est pas certains que les autres le soient fortement », a assuré à la sortie de la discussion le patron de la CFTC, Cyril Chabanier. « En tout cas, on aura une liste extrêmement réduite » de branches qui négocieront, a-t-il estimé.
Depuis le rejet tactique, vendredi, de la proposition de loi portant sur le travail le 1er-Mai, votée largement par l’Hémicycle, des élus macronistes jusqu’à ceux du Rassemblement national, les rebondissements se sont succédé.
Vivement dénoncée par les syndicats, la proposition de loi sur le 1er-Mai devait permettre d’autoriser le travail de salariés dans des commerces de proximité comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes, mais aussi dans des établissements culturels (cinémas, théâtres). Grâce à la motion de rejet, le texte pouvait être adopté sans que les députés l’aient examiné en première lecture, après une commission mixte paritaire.
« Le 1er-Mai 2026 sera un 1er-Mai complètement classique », s’est réjoui le numéro 2 de la CFDT, Yvan Ricordeau, à l’issue de la rencontre. « La CGT et les organisations syndicales ont obtenu que le gouvernement ne passe pas en force sur le 1er-Mai, s’est félicitée la leader de la CGT, Sophie Binet. La loi ne sera donc pas modifiée demain et le 1er-Mai restera un jour exceptionnel, férié et rémunéré. »
Selon la loi, seul le 1er-Mai est un jour férié obligatoirement chômé et payé. Toutefois, le code du travail admet aujourd’hui qu’un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là, mais il doit travailler seul ou presque. Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non salariés, mais pas sur ses employés – sinon, il risque une amende de 750 euros par salarié concerné (1 500 euros si ce dernier est mineur).