Aucun être humain n’avait été aussi loin. Les quatre astronautes d’Artemis-2 ont battu, lundi 6 avril à 20 heures (heure de Paris), le record de distance d’éloignement de la Terre, établi jusqu’ici à 400 171 kilomètres par l’équipage d’Apollo-13, en 1970.
Les astronautes d’Artemis-2 ont même déjà amélioré ce record en s’aventurant à 405 588 kilomètres de la Planète bleue. La mission Artemis-2, qui a décollé le 2 avril, a effectué dans la nuit de lundi à mardi un vol autour de la Lune. Ce qui n’était pas arrivé depuis plus de cinquante ans. A bord du vaisseau Orion se trouvent trois Américains – Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch – et un Canadien – Jeremy Hansen.
Peu avant une heure du matin, ils ont commencé à passer derrière la Lune, devenant injoignables pour environ quarante minutes. « Rendez-vous de l’autre côté », avait déclaré l’astronaute Victor Glover depuis le vaisseau Orion, peu auparavant dans un échange avec le centre de contrôle à Houston. « Nous continuons à ressentir votre amour depuis la Lune », avait-il ajouté, après avoir évoqué le message d’amour du Christ.
Quarante minutes plus tard, la NASA a annoncé avoir rétabli le contact. « En allumant les moteurs vers la Lune, j’ai dit que nous ne quittions pas la Terre, et c’est vrai », a déclaré l’astronaute Christina Koch dans un message transmis par l’agence spatiale américaine. « Nous explorerons, nous construirons des vaisseaux. Nous reviendrons. Nous construirons des bases scientifiques (…) Nous serons sources d’inspiration, mais nous choisirons toujours la Terre. »
« Alors que nous surpassons la distance la plus grande jamais parcourue par l’humanité à partir de la Terre, nous le faisons en rendant hommage aux efforts et aux exploits extraordinaires de nos prédécesseurs, avait déclaré plus tôt M. Hansen en direct. Surtout, nous choisissons ce moment pour lancer un défi à notre génération et à la suivante, afin de nous assurer que ce record soit de courte durée. »
Les astronautes ont découvert la face cachée de la Lune, celle qui n’est jamais visible de la Terre. Les fenêtres d’Orion étant petites, les astronautes se sont relayés par équipe de deux toutes les cinquante-cinq à quatre-vingt-cinq minutes pour faire leurs observations.
Collés aux hublots pendant près de sept heures, ils ont bénéficié d’une perspective inédite pour observer la Lune, plus élevée (6 500 km) que la vue plus écrasée de leurs prédécesseurs d’Apollo à une centaine de kilomètres.
Découvrant avec émerveillement les paysages lunaires, ils ont livré d’innombrables descriptions des reliefs ou encore des ombres brunes et verdâtres des cratères et du sol lunaires. « On voit un très beau double cratère. On dirait un bonhomme de neige », a dépeint le pilote Victor Glover, devenu le premier astronaute noir à participer à une mission lunaire. « C’est vraiment difficile à décrire. C’est incroyable. »
Ils ont observé des régions de la face cachée qui « n’étaient jamais apparues illuminées lors des missions Apollo », a confié à l’Agence France-Presse, à la fin de cette journée historique, Jenni Gibbons, l’astronaute canadienne qui a assuré, lundi, toutes les communications avec l’équipage depuis la salle de contrôle de la NASA à Houston (Texas).
« Certaines des caractéristiques qu’Artemis-2 a observées et décrites aujourd’hui, aucun œil humain ne les avait jamais vues, a-t-elle expliqué. C’est la première fois que les caméras les plus sensibles au monde, à savoir les yeux humains, ont pu les observer. »
Leur survol leur a permis aussi d’assister à une éclipse solaire – le Soleil disparaissant derrière la Lune – et à un coucher puis à un lever de Terre derrière la Lune. Après ce tour de la Lune, les astronautes d’Artemis-2 ont repris le chemin de la Terre. Leur retour aura lieu vendredi au large de la Californie, où leur capsule Orion amerrira, ralentie par des parachutes.
« Vous êtes entrés dans l’histoire », félicite Trump
Le président américain, Donald Trump, a appelé, lundi soir, les quatre astronautes pour les féliciter après leur survol de la Lune. « Aujourd’hui, vous êtes entrés dans l’histoire et vous avez rendu toute l’Amérique vraiment fière, incroyablement fière », a-t-il lancé, lors d’un appel vocal aux membres de l’équipage.
« Vous êtes vraiment les pionniers de notre époque, tous », a salué le président. Il s’est ensuite livré à un jeu de questions-réponses avec les astronautes, leur demandant notamment ce qu’ils avaient ressenti pendant la coupure des communications, alors que le vaisseau passait derrière la Lune. « J’ai fait une petite prière, puis j’ai dû continuer à avancer. J’étais en train d’enregistrer des observations scientifiques de la face cachée de la Lune », lui a répondu Victor Glover, depuis le vaisseau Orion.
Pour marquer ce jour historique, la NASA avait plus tôt diffusé aux quatre astronautes un message de James Lovell, pionnier des missions Apollo-8 et Apollo-13, enregistré quelques mois avant sa disparition, en 2025. « Bonjour Artemis-2, ici Jim Lovell, astronaute d’Apollo. Bienvenue dans mon ancien quartier ! », a-t-il lancé, racontant ensuite son expérience.
« Lorsque Frank Borman, Bill Anders et moi avons orbité autour de la Lune à bord d’Apollo-8, nous avons offert à l’humanité sa première vision rapprochée de la Lune, une image qui a inspiré et enflammé les esprits du monde entier », a-t-il déclaré, confiant sa fierté « de leur passer le flambeau » et leur donnant même un conseil : « Je sais que vous allez être très occupés, mais n’oubliez pas de profiter de la vue. »
Au cours de la journée de lundi, les quatre astronautes ont baptisé un cratère lunaire en l’honneur de Carroll Taylor Wiseman, épouse du commandant de la mission, Reid Wiseman, qui est morte d’un cancer en 2020.
« Il y a un relief dans un bel endroit sur la Lune, à la frontière entre la face visible et la face cachée », a annoncé le Canadien Jeremy Hansen, lors de la retransmission, peu après que leur appareil a dépassé le record de distance de la Terre. « A certains moments du transit lunaire, vous pourrez le voir de la Terre. » « C’est un point clair sur la Lune, nous voudrions le baptiser Carroll », a-t-il annoncé. Les astronautes ont baptisé un autre cratère « Integrity », qui est le nom donné par l’équipage à son vaisseau, avant plusieurs heures d’observations rapprochées de la Lune. Selon un porte-parole de la NASA à Houston, la demande des astronautes sera déposée auprès de l’Union astronomique internationale afin d’entériner les noms des deux cratères.