Quelques heures après les critiques que Donald Trump lui avait adressées, le pape Léon XIV a décidé de répliquer. « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de dire le message de l’Evangile », a-t-il fait savoir dans l’avion qui le conduisait en Algérie, à bord duquel était présente une journaliste du Monde, ajoutant : « C’est ce que je crois être appelé à faire et ce que l’Eglise est appelée à faire. »
Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, le président américain s’est livré à une diatribe contre le souverain pontife, disant ne pas en être « un grand fan ». Léon XIV avait auparavant prononcé une allocution contre le conflit.
« Je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat avec lui », a fait savoir le souverain pontife dans l’avion, lundi, en précisant que « le message a toujours été le même : promouvoir la paix. Je le dis pour tous les leaders du monde, pas uniquement pour lui. Nous cherchons toujours à en finir avec les guerres et à promouvoir la paix et la réconciliation ». Le pape a aussi affirmé ne pas faire partie « des politiciens, [et] ne [pas] regard[er] la politique étrangère, comme [Donald Trump] appelle ça, avec la même perspective que lui ».
Léon XIV est arrivé lundi matin en Algérie pour une visite de deux jours hautement symbolique, la première d’un pape dans ce pays à majorité musulmane, terre natale de saint Augustin. Il doit ensuite rester une dizaine de jours en Afrique.
« Le pape Léon a tenu de faux propos. Il était farouchement opposé à ce que je fais concernant l’Iran, et on ne peut pas accepter un Iran doté de l’arme nucléaire », a réagi à nouveau lundi soir le président américain depuis la Maison Blanche, en référence aux propos du pape américain appelant à la fin de la violence dans la guerre en Iran.
« Le pape est le chef de l’Eglise catholique, et il est juste et normal qu’il invoque la paix et qu’il condamne toute forme de guerre », a déclaré la première ministre italienne, Giorgia Meloni, dirigeante d’extrême droite pourtant proche de M. Trump, lundi dans un communiqué.
La cheffe du gouvernement italien avait auparavant publié une déclaration soutenant les efforts du pape en faveur de la paix et de la réconciliation lors de son voyage en Afrique, qui a débuté lundi. « Je pensais que le sens de ma déclaration de ce matin était clair, mais je le réaffirme avec plus de précision. Je trouve inacceptables les paroles du président Trump à l’égard du Saint-Père », a-t-elle souligné lundi soir.
« Le pape Léon est FAIBLE »
La réaction du pape survient après celle du président américain. « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. C’est quelqu’un de très progressiste, et c’est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité », avait déclaré, dimanche, M. Trump aux journalistes, sur la base militaire Andrews, dans le Maryland.
Il a accusé le souverain pontife de « faire joujou avec un pays qui souhaite se doter de l’arme nucléaire », en référence à l’Iran. Peu après, Donald Trump a publié un long message sur son réseau, Truth Social, accusant pêle-mêle Léon XIV de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien, de s’être opposé à l’opération militaire américaine au Venezuela en janvier et de rencontrer des sympathisants de l’ex-président démocrate Barack Obama, entre autres.
« Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère », débute le message du président américain. Il y soutient plus loin que Léon XIV a été nommé pape « simplement parce qu’il est Américain, et que [l’Eglise] s’est dit que ce serait la meilleure façon de gérer le président Donald J. Trump », en affirmant : « Léon ne serait pas au Vatican si je n’étais pas à la Maison Blanche. »
« Je ne veux pas d’un pape qui critique le président des Etats-Unis, car je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu, DE FAÇON ÉCRASANTE, à savoir faire baisser la criminalité à des niveaux historiquement bas et créer le plus grand marché boursier de l’histoire », a aussi écrit le président républicain.
Donald Trump a accompagné son message d’une image générée par intelligence artificielle sur laquelle on le voit, en toge blanche et rouge, apposer sa main sur le front d’un malade sur un lit d’hôpital, entouré de personnes en prière, et sur fond de drapeau américain, de statue de la Liberté, d’avions de chasse, d’aigles et d’autres figures dans le ciel.
Plus tard, sur Fox News, le vice-président américain JD Vance a exhorté le Vatican à « s’en tenir aux questions morales » et à laisser « le président des États-Unis se charger de définir la politique publique américaine ».
Soutien des évêques italiens et américains
La Conférence épiscopale italienne, « tout en réaffirmant sa pleine communion avec le Saint-Père Léon XIV », a exprimé lundi dans un communiqué « son regret pour les propos que lui a adressés ces dernières heures le président des Etats-Unis, Donald Trump ».
« S’associant aux propos tenus par le président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, Mgr Paul S. Coakley, elle rappelle que le pape n’est pas un interlocuteur politique, mais le successeur de Pierre, appelé à servir l’Evangile, la vérité et la paix », ajoute le communiqué.
« Je suis consterné que le président ait choisi d’écrire des propos aussi désobligeants à l’égard du Saint-Père. Le pape Léon n’est pas son rival ; le pape n’est pas non plus un homme politique. Il est le vicaire du Christ, qui s’exprime à partir de la vérité de l’Evangile et pour le bien des âmes », avait écrit un peu plus tôt Mgr Coakley.
Pour les évêques italiens, « en cette période marquée par les conflits et les tensions internationales », la voix du pape « représente un appel pressant à la dignité de la personne, au dialogue et à la responsabilité ». « Les Eglises d’Italie renouvellent au Saint-Père leur proximité, leur affection et leurs prières, en appelant chacun au respect de sa personne et de son ministère », concluent les évêques de la péninsule.
Le pape s’était livré samedi à l’une de ses plus virulentes critiques des conflits qui embrasent le monde. « Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerre ! La véritable force se manifeste en servant la vie », avait déclaré le souverain pontife dans une allocution lors d’une veillée de prière pour la paix à la basilique Saint-Pierre de Rome.
Le Monde (avec Sarah Belouezzane)