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EntretienLe spécialiste du cyberespace russophone explique, dans un entretien au « Monde », combien il est toujours nécessaire de cartographier les conflits actuels, même si le théâtre des opérations numériques complexifie hautement la tâche.
Kevin Limonier codirige le laboratoire Geode (pour Géopolitique de la datasphère) de l’université Paris-VIII, qui étudie l’impact de la transformation numérique sur l’environnement stratégique. Professeur à l’Institut français de géopolitique, il est spécialiste du cyberespace russophone. En partie financé par le ministère des armées, son laboratoire, où coopèrent géographes, mathématiciens et informaticiens, construit notamment une cartographie géopolitique du XXIe siècle, qui intègre la dimension « cyber ».
Quand la Russie a attaqué l’Ukraine, tout le monde s’attendait à un conflit d’un genre très nouveau, dominé par la « cyberguerre ». Finalement, à l’exception de la place énorme prise par les drones, c’est une guerre assez classique qui se déroule…
Quand la guerre a commencé, le monde n’avait encore jamais été confronté à un conflit de haute intensité à l’ère numérique. On s’attendait alors à des cyberattaques spectaculaires. Mais on avait oublié que dans une guerre, bombarder une école ou un orphelinat serait toujours beaucoup plus marquant, beaucoup plus cruel, beaucoup plus atroce que n’importe quelle attaque informatique.
La cyberguerre est moins sanglante, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas lieu. Et il n’existe aujourd’hui aucune limite à ce que l’on peut imaginer en matière de déstabilisation de l’adversaire dans le cyberespace. Car nous sommes aujourd’hui en permanence connectés à une multitude d’objets qui sont autant de fragilités : téléphones, ordinateurs, feux de signalisation, distributeurs de billets, caméras de surveillance… Nos sociétés se sont massivement numérisées, mais mal. Elles n’ont pas intégré pleinement les enjeux de sécurité.
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